Promouvoir l'éducation des enfants marginalisés

Au Vietnam, l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur reste profondément inégal pour les populations issues de minorités ethniques, en particulier dans les zones rurales et enclavées. Ces disparités sont particulièrement marquées dans les Hauts Plateaux du Centre, autour de Da Lat, où les jeunes filles cumulent obstacles économiques, géographiques et socioculturels freinant la poursuite de leurs études.

Dès le plus jeune âge, leur parcours scolaire est fragilisé par la pauvreté familiale, l’éloignement des établissements et le manque d’infrastructures adaptées. À ces obstacles matériels s’ajoutent des facteurs sociaux et culturels, tels que la faible valorisation de l’éducation des filles ou les mariages précoces, qui accentuent le décrochage scolaire. Dans ces régions, jusqu’à un enfant sur cinq ne termine pas le cycle secondaire, avec des taux plus élevés parmi les minorités ethniques (UNICEF, 2022). En conséquence, une part importante d’entre elles ne termine pas l’enseignement secondaire, limitant ainsi leurs perspectives d’avenir et perpétuant un cycle de pauvreté et de marginalisation.

Face à ces inégalités structurelles, Opportunity for Women Development a développé des programmes au Vietnam, afin d'accompagner ces jeunes dans leur parcours éducatif.

Des inégalités éducatives profondes dans les zones rurales

Dans les Hauts Plateaux du Vietnam, l’accès à une éducation de qualité reste un défi majeur. Les inégalités éducatives s’y manifestent dès le plus jeune âge et s’accentuent au fil du parcours scolaire. Moins de 60 % des filles issues de minorités ethniques parviennent à terminer l’enseignement secondaire, un chiffre révélateur d’un système qui peine à retenir les élèves les plus vulnérables.

Dans ces territoires isolés, l’école n’est pas toujours perçue comme une priorité, faute de moyens et de perspectives concrètes. D’après un rapport de l’ONU, en moyenne, les enfants issus de minorités ethniques doivent parcourir 11km pour se rendre à l’école, ce qui affecte l’assiduité, en particulier chez les plus jeunes.

À cela s’ajoute une barrière linguistique significative : les enfants issus de minorités ethniques grandissent dans leur langue maternelle, tandis que l’enseignement est dispensé en vietnamien, ce qui ralentit l’apprentissage dès les premières années (UNESCO, 2019).

La pauvreté structurelle des familles rurales constitue un obstacle central à la scolarisation. Très tôt, de nombreux enfants sont contraints de participer aux travaux agricoles pour subvenir aux besoins du foyer, au détriment de leur éducation. L’école devient alors secondaire face aux impératifs économiques.

L’insécurité alimentaire constitue un autre facteur déterminant, puisqu’elle affecte directement la capacité des enfants à apprendre. Un enfant qui ne mange pas à sa faim ne peut ni se concentrer, ni développer pleinement ses capacités cognitives. Cette réalité quotidienne fragilise durablement leur parcours scolaire. En effet, selon l’UNICEF la malnutrition affecte directement les capacités d’un enfant à apprendre, les enfants malnutris ont 19% de chances en moins de savoir lire une phrase simple à 8 ans. 

Les jeunes filles issues des minorités ethniques sont particulièrement touchées. Dans certaines communautés, leur éducation est encore peu valorisée, et les mariages précoces restent fréquents. Ces pratiques entraînent un abandon prématuré de l’école et limitent considérablement leurs futures opportunités.

Le manque d’accès à l’éducation alimente un cercle vicieux : sans formation, les opportunités professionnelles restent limitées, ce qui entretient la pauvreté et les inégalités sociales. A ce titre, on estime que le revenu mensuel des minorités ethniques en 2018 était de plus de 2 millions de dôngs par personne( environ 65€ ), soit la moitié de la moyenne nationale ( 4,15 millions de dôngs - 135€ ).

Ainsi, les jeunes générations risquent ainsi une marginalisation durable avec la pérennisation du cercle de pauvreté. Face à cette réalité, il est essentiel de soutenir des initiatives locales, ancrées dans les réalités culturelles et sociales, capables d’apporter des solutions concrètes et durables.

Donner aux enfants les moyens d'agir

Le projet “Light Up Your Dreams” : agir dès l’enfance

Derrière ce projet se trouve une histoire profondément humaine. Celle de Patrick Kosa, jeune diplômé issu de l’ethnie Chil, qui a lui-même grandi dans un contexte de pauvreté, marqué par un accès limité à l’éducation et des défis environnementaux importants. En 2017, il décide d’agir en fondant “Light Up Your Dreams”, avec une conviction simple : chaque enfant mérite une chance de rêver et de construire son avenir.

Le projet repose sur trois axes complémentaires, pensés pour répondre aux besoins réels des enfants : d’abord, favoriser l’accès à une éducation de qualité afin de lutter contre le décrochage scolaire. Ensuite, autonomiser les enfants et lutter contre la pauvreté en offrant des perspectives concrètes aux jeunes. Enfin, promouvoir un mode de vie durable en sensibilisant les jeunes aux enjeux environnementaux, et aux pratiques durables afin d’en faire des acteurs engagés dans la préservation de leur environnement. 

Le camp d’été “Light Up Your Dreams” constitue le pilier central de l’initiative. Organisé sur deux mois, de mi-juin à mi-août, il accueille des enfants issus de minorités ethniques dans un cadre sécurisé et stimulant. Depuis sa création en 2018, le camp a connu une croissance significative : de 12 enfants à ses débuts, il devrait accueillir 60 participants en 2026.

La participation féminine y est particulièrement forte, avec 38 filles sur 48 enfants en 2025, illustrant une volonté claire de réduire les inégalités de genre.

Le programme combine des cours académiques, des ateliers créatifs, des activités en plein air, ainsi que des temps d’échange. Les enfants y développent à la fois des compétences scolaires, sociales et personnelles, favorisant leur maintien dans le système éducatif. Encadrés par des volontaires locaux et internationaux ainsi que des éducateurs spécialisés, les enfants bénéficient d’un accompagnement complet, à la fois éducatif et humain.

Les résultats sont déjà significatifs :

  • 75 % des boursiers sélectionnés par le gouvernement proviennent du programme,
  • plusieurs jeunes filles ont accédé à l’université, dont deux en 2025.

Les résultats observés montrent une amélioration significative de la continuité scolaire, avec une proportion importante d’enfants poursuivant leur scolarité dans de meilleures conditions (OFWD, suivi de cohorte).

 

Le programme de bourses : sécuriser la poursuite des études


Dans le prolongement direct du projet Light Up Your Dreams, Opportunity for Women Development a mis en place un programme de bourses destiné à accompagner les jeunes dans la poursuite de leurs études.

Ce dispositif répond à un moment critique du parcours éducatif : le passage vers l’enseignement supérieur, souvent inaccessible pour des raisons financières. 

En 2025, quatre jeunes femmes — Sarah, Nora, Josie et Jessie — ont pu intégrer l’université de Dalat grâce au soutien du programme. Issues de milieux très défavorisés, elles poursuivent aujourd’hui des études, notamment en langue anglaise.

Chaque bourse représente un coût d’environ 3 000 € par an, couvrant les frais essentiels (scolarité, logement, alimentation). En 2026, l’association renouvelle son engagement en continuant de soutenir ces étudiantes tout au long de leur parcours universitaire.

Agir sur les causes profondes des inégalités

L’action d’Opportunity for Women Development dans les Hauts Plateaux repose sur une approche progressive et cohérente, visant à agir à différents moments du parcours éducatif.

En intervenant dès l’enfance, puis en soutenant la poursuite des études, ces initiatives contribuent à limiter les ruptures de trajectoire et à renforcer les capacités des jeunes filles à construire leur avenir.

Dans ces contextes, l’éducation constitue un levier structurant pour :

  • réduire les inégalités de genre
  • améliorer les conditions de vie
  • et favoriser le développement local

Ainsi, l’investissement dans l’éducation des jeunes filles s’inscrit comme une réponse adaptée à des inégalités profondément ancrées, en lien avec les réalités économiques, sociales et géographiques des Hauts Plateaux du Vietnam.